Clint Eastwood ca vous parle ?
Un grand acteur d'abord, un grand realisateur ensuite. Dans Gran Torino, il nous fait la totale, acteur ET realisateur.
Gran Torino sera sans doute le dernier film d'Eastwood devant la camera, un monument du cinema tel que lui se devait de terminer en beauté, il a fait bien plus.
Clint Eastwood est Walt Kowalsky, Walt Kowalsky est un vieux con. Bourré de prejugés, amer, ancien de la guerre de Corée, buvant bierre sur bierre, raciste, react... Ses anciens voisins ont déménagé ou sont mort, sa femme aussi. Son quartier est aujourd'hui peuplé d'immigrants asiatiques qu'il meprise, et Walt ressasse ses haines, innombrables, a l'encontre de ses voisins, a l'encontre de ses fils, de ses petits enfants... Lorsque le jeune et introvertit Thao tente de lui volé sa Gran Torino, aussi belle que le jour de sa sortie de la chaine, sous la pression d'un gang, Walt fait face a la bande, devenant ainsi le heros du quartier.
Assumant à 200 % sa démarche de cow-boy fatigué, ses rides creusées
et sa voix éraillée, ce héros d'un autre âge plonge dans l'actualité
d'une Amérique gangrenée par les gangs ethniques. La difficulté
d'échapper à l'engrenage de la délinquance et l'inutilité de la
violence font partie des leçons de vie qu'apprend durement le vétéran
raciste.
C'est un peu comme si les personnages de justiciers qu'Eastwood a
longtemps affectionnés découvraient soudain qu'ils ont eu faux sur
toute la ligne. Ode à l'amitié et à la rédemption, ce polar
crépusculaire prend des allures de western urbain le temps de
fusillades aussi brèves que marquantes. Eastwood, impuissant, y montre
un pays en crise. L'émotion affleure dans le constat désespéré auquel
parvient un homme à la fin de sa vie : l'Amérique qu'il a tant célébrée
est devenue une contrée brutale où il n'a plus sa place.
Le sujet est dur, et tout y passe, les fusillades, les viols, les gangs, le racisme, la mort... Et pourtant, pourtant, j'ai rarement vu une salle de cinema rire autant a l'unisson, le film est gorgé d'un humour froid, a contre courrant, de phrases choc, de scenes magistrales... Un film aussi monumental que son acteur principal et son realisateur. 10, sans hesiter.